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LE GÂTEAU DU PRÉSIDENT

Un pays au bord du chaos où les gens continuent de célébrer l’anniversaire d’un dictateur alors qu’ils ont à peine de quoi se nourrir convenablement. Bienvenue dans l’Irak de la petite Lamia conté par Hasan Hadi.

 

Le Gâteau du Président, le premier long métrage du cinéaste irakien Hasan Hadi qui a remporté la Caméra d’or au dernier Festival de Cannes, arrive sur les écrans français le 4 février 2026. Son film est un voyage spatio-temporel en 1991, dans l’Irak de Saddam Hussein en pleine Guerre du Golfe. Sous les bombes américaines et en dépit des pénuries alimentaires, le raïs tient à ce que son anniversaire soit célébré par ses compatriotes. Les écoles sont aux premières loges de ce branle-bas général.

 

La petite Lamia, à qui Baneen Ahmad Nayyef donne chair avec candeur et conviction, est tirée au sort dans sa classe pour ramener le gâteau du président. Lors d’une virée en ville avec sa grand-mère Bibi, incarnée par Waheed Thabet Khreibat, Lamia décide de réunir les ingrédients dont elle a besoin, sans en avoir vraiment les moyens. Commence alors une expédition à laquelle participent son coq de compagnie Hindi et son ami Saeed, interprété par Sajad Mohamad Qasemen, chargé, lui, de ramener les fruits pour la célébration. En racontant cette quête obstinée pour trouver de la farine, des œufs et du sucre, Hasan Hadi dresse le portrait d’un pays acculé où s’offrir des produits de base pour ses citoyens devient une entreprise impossible tant les prix se sont envolés.

 

Un commissariat de police, un hôpital, une mosquée, des boutiques de commerçants, les étals des marchés, les rues de la ville ou encore le petit village dans les marais de Lamia et de Saeed sont autant de lieux où Hasan Hadi pose sa caméra. Ce duo d’enfants sert de guide pour décrire le quotidien de ses compatriotes, quelle que soit leur appartenance sociale, à une époque troublée et à la merci d’un régime autocratique. À l’instar du père de Saeed qui a été jeté en prison.

 

Les cadrages du metteur en scène rappellent l’envers du décor et invitent toujours à porter le regard au-delà des premiers plans. C’est en jouant sur cette double perspective que Hasan Hadi parvient à mettre en relief l’omniprésence de Saddam Hussein. Ses portraits – affiches, dessins, photos ou peintures – finissent toujours par apparaître dans le cadre rappelant la main de fer avec laquelle le pays est dirigé.

 

La fin de l’innocence

En s’appuyant sur les tribulations de ces enfants engagés dans une quête imposée alors qu’ils comptent déjà parmi les instruments favoris de la propagande du régime, Hadi raconte une période décisive de l’histoire irakienne qui n’avait pas encore été portée à l’écran. La photo définit bien son époque en jouant sur une variation de bleus dont les tons les plus sombres apparaissent quand les embarcations qui mènent d’une maison à une autre naviguent le soir, à la lueur de petites flammes, dans le village de Lamia et de Saeed.

 

Un décor enchanteur pour un quotidien qui l’est beaucoup moins et auquel Lamia et Saeed échappent souvent en se livrant à leur jeu préféré, à savoir se regarder le plus longtemps possible sans cligner des yeux. Cesse alors le bruit du monde et surtout des armes. Quand Hasan Hadi les filment au plus près, on oublie tout ou presque avec eux. Rare privilège de l’enfance. Le Gâteau du Président, souligne son réalisateur, est une fable. Celle-là raconte parfaitement la fin de l’innocence grâce à ce un road-trip culinaire aux allures de voyage initiatique.

(Falila Gbadamassi, FranceInfo Culture, publié le 01/02/2026)

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