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MARTY SUPREME
Le destin d’un champion de ping-pong dans les années 1950, magnifié par la présence électrique de Timothée Chalamet.
Sur le papier, Marty Supreme n’avait rien pour séduire. Un type qui transpire au ping-pong dans l’Amérique des années 1950 ? Le tennis de table, sport de gymnase, de colonie de vacances, voire de camping, filmé comme une épopée ? L’idée prête à sourire. Et pourtant.
L’arène scénaristique de Marty Supreme va bien au-delà du ping-pong. Il y est question d’obsession, d’élan, de ce moment fragile où un garçon ordinaire, un peu voyou mais farouchement déterminé, décide que sa vie ne sera pas moyenne. Marty Mauser, petit prodige fauché dans une Amérique corsetée, découvre dans le claquement sec de la balle sa musique intérieure. Chaque échange devient un duel, chaque tournoi une scène. Le film, inspiré dans les grandes lignes d’une histoire véritable, magnifie cette trajectoire modeste avec une grâce inattendue, transformant les tables vertes en champs de bataille et les balles blanches en météores.
Et puis il y a Timothée Chalamet. Devenu en une poignée de films – la saga Dune, le romantique Call Me by Your Name, le déroutant Beautiful Boy…- le petit prince d’Hollywood. L’acteur possède cette capacité rare à faire vibrer les silences. Longiligne, presque trop frêle pour le rôle, il compose un héros à la fois bravache et vulnérable, tout en nerfs et en regards fuyants. Son Marty n’est pas aimable. Il ne cherche pas à l’être. Il veut être le meilleur, coûte que coûte. Dans ses défaites affleure une rage d’enfant, dans ses victoires, une solitude déjà adulte. Chalamet joue avec son corps comme avec une partition, transformant les gestes répétitifs du jeu en danse tendue, presque chorégraphique. Pour être crédible, il a réellement appris à jouer face à des professionnels.
La mise en scène de Josh Safdie, qui a cosigné avec son frère Good Time et Uncut Gems, déjà des portraits d’hommes dévorés par l’obsession, est élégante sans ostentation. Il capte les lumières jaunies des dîners, la poussière des salles municipales, les espoirs minuscules d’une Amérique qui rêve en grand. Une table, deux raquettes, une balle, et soudain le vertige d’une vie entière suspendue à un rebond.